France - Effondrement annoncé ou sursaut collectif ?
Au Xe colloque de l’Institut Iliade, l’intervention de Lionel Rondouin a résonné comme un signal d’alarme.
Le ton est grave, l’argumentaire structuré, l’expérience assumée.
Ancien élève de l’École Normale Supérieure, officier parachutiste durant sept ans, dirigeant industriel puis enseignant, l’orateur parle d’effondrement non comme d’un slogan, mais comme d’une hypothèse qu’il juge crédible.
Le constat est posé sans détour , les générations qui naissent aujourd’hui pourraient ne pas vivre mieux que leurs parents.
Derrière cette affirmation, une lecture globale des tensions contemporaines.
Pénuries énergétiques possibles dans un monde dépendant d’infrastructures fragiles.
Vulnérabilités alimentaires dans des chaînes d’approvisionnement mondialisées.
Troubles sécuritaires amplifiés par les fractures sociales, la polarisation politique et l’instabilité géopolitique.
Le tableau n’est pas apocalyptique, mais il est sombre.
La question n’est pas seulement économique.
Elle est anthropologique.
Rondouin insiste sur la nécessité d’« hommes complets » formule qui intrigue autant qu’elle interpelle.
Comprendre , des individus capables de résilience physique, de rigueur intellectuelle, de discipline personnelle.
Refuser la paresse du corps autant que celle de l’esprit.
Dans sa perspective, l’effondrement ne serait pas d’abord matériel , il serait moral et culturel.
Ce discours s’inscrit dans une tradition européenne qui valorise la formation intégrale de la personne , héritage antique du citoyen-soldat, idéal humaniste de l’homme cultivé et actif, éthique militaire de responsabilité.
L’histoire montre que les périodes de crise ont souvent favorisé l’émergence de figures fortes, parfois salvatrices, parfois ambiguës.
La référence aux « hommes forts » soulève d’ailleurs une interrogation , s’agit-il d’une force intérieure, d’un leadership charismatique ou d’un pouvoir autoritaire ?
La nuance est essentielle.
Les données économiques internationales confirment que certaines dynamiques inquiètent , tensions sur l’énergie, inflation alimentaire dans plusieurs régions du monde, reconfiguration stratégique des États.
Mais l’histoire rappelle aussi la capacité des sociétés à innover, à s’adapter, à transformer les crises en mutations.
Les révolutions industrielles, les reconstructions d’après-guerre, les transitions technologiques ont démontré que le déclin annoncé n’est pas toujours le destin final.
Entre lucidité et inquiétude, l’intervention de Rondouin pose une question centrale , sommes-nous prêts ?
Prêts à apprendre davantage, à produire localement, à renforcer nos solidarités ?
Prêts à cultiver l’exigence personnelle plutôt que la dépendance ?
L’effondrement n’est peut-être pas une fatalité, mais un risque.
Et un risque, par définition, appelle préparation.
Il reste une tension.
À force d’annoncer le pire, ne contribue-t-on pas à l’installer dans les esprits ?
Ou, au contraire, la conscience du danger est-elle la condition même du sursaut collectif ?
Le débat demeure ouvert.
Ce qui est certain, c’est que les crises contemporaines , énergétiques, alimentaires, sécuritaires , ne relèvent plus de la fiction.
Elles constituent des défis concrets, mesurables, documentés.
Dans cette perspective, le propos de Lionel Rondouin ne se limite pas à une prophétie.
Il agit comme un appel.
À la vigilance.
À la formation.
À la responsabilité individuelle.
Il interroge notre confort et notre confiance dans la continuité du progrès.
Et, en creux, il suggère que l’avenir dépendra moins des prédictions que de la qualité humaine de celles et ceux qui auront à l’affronter.
0 Commentaires
Pour commenter, pas besoin d’être inscrit sur le site.....