La centrale d’achat Eurelec, créée par E.Leclerc avec des partenaires européens, négocie sous droit belge des produits destinés, pour partie, aux consommateurs français.
Le montage est légal, fondé sur la liberté d’établissement au sein de l’Union européenne.
Mais il interroge.
Car derrière la technique juridique se dessine une question politique où s’exerce réellement le pouvoir économique ?
Implantée en Belgique, Eurelec centralise des volumes considérables afin de peser face aux multinationales de l’agroalimentaire.
L’objectif affiché est clair , renforcer le rapport de force pour obtenir de meilleures conditions tarifaires et contenir les prix en rayon.
Dans un contexte d’inflation alimentaire et de concurrence accrue, la stratégie s’inscrit dans une logique de compétitivité européenne.
Parler d’une seule voix face aux géants mondiaux n’a rien d’illégitime.
Mais lorsque les négociations se tiennent hors de France tandis que les produits sont vendus sur le territoire national, les règles changent de perspective.
La France a adopté ces dernières années un encadrement strict des relations commerciales entre distributeurs et fournisseurs, notamment pour protéger les revenus agricoles et limiter la pression sur les prix d’achat.
La question posée par plusieurs sénateurs est simple , ce déplacement du centre de négociation affaiblit-il, dans les faits, l’esprit de ces régulations ?
Les distributeurs défendent un outil adapté à un marché globalisé.
Les fournisseurs, eux, redoutent un déséquilibre accru dans les discussions.
Entre le pouvoir d’achat du consommateur et la viabilité des filières agricoles, l’équilibre reste délicat.
La tension ne relève pas seulement du droit, mais d’une vision du modèle économique , compétitivité à l’échelle européenne ou protection renforcée des acteurs nationaux.
Le dossier Eurelec dépasse le cas d’une seule centrale d’achat.
Il révèle un décalage structurel entre une économie intégrée à l’échelle continentale et des politiques de régulation encore largement nationales.
Le droit belge encadre la société , le marché français accueille les produits , l’Europe garantit la libre circulation.
Cette superposition crée une zone d’incertitude où se joue une part du rapport de force alimentaire.
Rien d’illégal, mais un débat ouvert.
À l’heure où la souveraineté économique s’invite dans le débat public, la question demeure , dans une Union sans frontières commerciales, qui fixe réellement les règles du jeu ?
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