Entre les murs des écoles souffle parfois un vent étrange , celui de la transmission du savoir, mais aussi celui des idées qui cherchent à s'enraciner dans les esprits des plus jeunes. Depuis l'Antiquité, les sociétés ont compris que l'avenir se construit dans les salles de classe. Reste une question qui traverse les siècles , enseigne-t-on à penser ou enseigne-t-on quoi penser ?
Elle arrive discrètement, glissée entre une leçon d'histoire, une campagne de sensibilisation ou un discours présenté comme une vérité incontestable.
Elle ne frappe pas à la porte de l'école , elle s'assoit au fond de la classe et attend que l'on baisse la garde.
L'école est censée être le sanctuaire du doute, de la réflexion et de l'esprit critique.
Pourtant, à chaque époque, des responsables politiques ont rêvé d'en faire une fabrique de citoyens conformes à leur vision du monde.
Rien de nouveau sous le soleil.
Des empires antiques aux régimes modernes, nombreux sont ceux qui ont compris qu'il est plus simple de façonner une génération que de convaincre une population adulte.
Le phénomène devient préoccupant lorsque l'enseignement cesse de présenter plusieurs points de vue pour imposer une seule lecture du réel.
L'élève n'apprend alors plus à questionner les idées , il apprend à les réciter.
Le professeur devient parfois, malgré lui, le relais d'une orthodoxie idéologique dont l'origine se situe bien loin de la salle de classe.
Les défenseurs de ces pratiques affirment souvent agir pour le bien commun.
Ils souhaitent sensibiliser, éveiller les consciences ou préparer les citoyens de demain.
L'intention peut être honorable.
Le danger apparaît lorsque la nuance disparaît.
Une société qui remplace le débat par le catéchisme politique construit rarement des esprits libres.
La satire révèle alors une image troublante , des élèves équipés de calculatrices capables de résoudre des équations complexes mais incapables de remettre en question un slogan officiel , des manuels où la pensée critique est enseignée dans un chapitre soigneusement encadré pour éviter qu'elle ne s'applique au reste du programme , des responsables qui célèbrent la diversité des opinions à condition qu'elles soient toutes identiques.
L'histoire montre pourtant une constante.
Les civilisations prospèrent lorsqu'elles encouragent la curiosité et la confrontation pacifique des idées.
Elles déclinent lorsque la loyauté envers une doctrine devient plus importante que la recherche de la vérité.
Le déclin ne commence pas avec une crise économique ou une défaite militaire.
Il commence souvent lorsqu'une société cesse d'accepter la contradiction.
Former des citoyens libres exige davantage de courage que former des citoyens dociles.
La liberté intellectuelle est parfois désordonnée, imprévisible et bruyante.
Mais c'est précisément ce tumulte qui permet aux démocraties de se renouveler.
L'école n'a pas pour mission de fabriquer des militants.
Elle a pour vocation de former des femmes et des hommes capables d'observer le monde, de questionner les certitudes et d'exercer leur jugement.
Lorsqu'elle abandonne cette mission, ce n'est pas seulement l'éducation qui s'affaiblit , c'est l'avenir lui-même qui vacille.
Comme le disait le philosophe Voltaire .
« Ceux qui peuvent vous faire croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. »
Une phrase ancienne qui résonne encore dans les couloirs du présent.




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