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        ALSTOM : DEUX MORTS, UN SCANDALE INDUSTRIEL ET UNE QUESTION QUI REFUSE DE DISPARAÎTRE


        Deux hommes ont enquêté ou travaillé sur des sujets liés à la souveraineté industrielle française. 

        Deux décès à quelques semaines d’intervalle. 

        Et, derrière eux, une vieille affaire Alstom qui continue de hanter la politique française. 

        Faut-il y voir un lien ? 

        À ce jour, aucune preuve publique ne permet de l’affirmer. 

        Mais certaines questions, elles, demeurent parfaitement légitimes.

        L’affaire Alstom n’est pas née sur les réseaux sociaux. 

        Elle remonte à 2014, lorsque General Electric rachète les activités énergie d’Alstom, notamment dans les turbines utilisées dans le secteur nucléaire. 

        À l’époque, Emmanuel Macron est ministre de l’Économie et donne formellement son autorisation à l’opération. 

        Plusieurs années plus tard, le député LR Olivier Marleix, président d’une commission d’enquête parlementaire consacrée aux décisions de l’État en matière de politique industrielle, décide de creuser le dossier. 

        En janvier 2019, il saisit le parquet de Paris au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale et évoque notamment l’hypothèse d’un « pacte de corruption ». 

        Il s’agit alors d’un signalement à la justice, pas d’une démonstration de culpabilité.

        Marleix s’interrogeait notamment sur les conditions de la vente, les rémunérations des intermédiaires et les éventuels liens entre certains acteurs financiers du dossier et le financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. 

        Le dossier judiciaire a continué son chemin. 

        En 2024, un premier volet de l’affaire Alstom a donné lieu à un non-lieu, tandis qu’une information judiciaire distincte concernant notamment des soupçons d’infractions liées à plusieurs cessions d’actifs stratégiques était toujours en cours. 

        En mars 2026, l’association Anticor a demandé que l’enquête sur la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric soit relancée.

        Autrement dit : l’affaire Alstom n’est pas une invention complotiste. 

        Les interrogations judiciaires et parlementaires ont bel et bien existé. 

        Mais cela ne signifie pas que toutes les accusations circulant aujourd’hui sont établies.

        Puis vient Éric Denécé, ancien officier de Marine, spécialiste du renseignement et fondateur du Centre français de recherche sur le renseignement. 

        Il avait développé des analyses très critiques sur l’influence américaine, l’intelligence économique et la perte de souveraineté industrielle. 

        Son décès, en juin 2025, a immédiatement suscité des interrogations. 

        Les sources publiques indiquent qu’il a été retrouvé mort dans son véhicule en Haute-Savoie, avec un fusil de chasse à proximité. 

        Le parquet a ouvert une enquête dans le cadre de la procédure habituelle applicable à un suicide présumé, tandis que plusieurs proches ont exprimé leurs doutes.

        Quelques semaines plus tard, le 7 juillet 2025, Olivier Marleix est retrouvé mort à son domicile. 

        Le parquet de Chartres conclut finalement au suicide après des examens médico-légaux, l’analyse de son téléphone et des auditions de proches, sans relever d’intervention extérieure. 

        L’enquête a été clôturée.

        Deux décès. 

        Deux hommes ayant travaillé sur des questions sensibles. 

        Une chronologie troublante. 

        Mais une chronologie n’est pas une preuve. 

        C’est précisément ici que commence la responsabilité journalistique , ne pas transformer une coïncidence en certitude simplement parce que le scénario serait spectaculaire. 

        Car la réalité, parfois, est suffisamment inquiétante sans qu’on ait besoin de lui ajouter un scénario hollywoodien.

        La vraie question est donc peut-être ailleurs , pourquoi l’affaire Alstom reste-t-elle aussi difficile à éclaircir politiquement ?

        Car derrière une vente industrielle se trouve une question beaucoup plus vaste , qu’est-ce qu’un État accepte de céder lorsqu’il vend une entreprise stratégique ? 

        Une usine ? 

        Des brevets ? 

        Des marchés ? 

        Des ingénieurs ? 

        Des technologies ? 

        Ou une capacité à décider seul de son avenir ?

        L’affaire Alstom a également révélé la vulnérabilité d’une puissance industrielle face aux rapports de force économiques internationaux. 

        L’arrestation aux États-Unis de Frédéric Pierucci, cadre d’Alstom, et les procédures américaines visant le groupe ont nourri les accusations de guerre économique et de pression sur l’entreprise. 

        Ces épisodes ont alimenté une littérature abondante sur la prédation économique et l’extraterritorialité du droit américain.

        Mais là encore, il faut résister au raccourci , dire que la France a subi une pression économique américaine est une chose , affirmer que deux hommes ont été éliminés parce qu’ils enquêtaient sur Alstom en est une autre. 

        La seconde affirmation nécessite des preuves.

        Et c’est précisément ce qui rend l’histoire intéressante.

        Car si une démocratie veut éviter les théories du complot, elle doit faire quelque chose de très simple , laisser les faits répondre aux soupçons. 

        Documents judiciaires, auditions parlementaires, contrats, flux financiers, décisions administratives, responsabilités politiques, procédures américaines et françaises , tout doit pouvoir être examiné.

        Sinon, le vide documentaire devient une fabrique à fantasmes. 

        Et Internet, cette merveilleuse machine à mélanger archives, indignation et imagination, se charge généralement du reste.

        La souveraineté industrielle mérite mieux que deux extrêmes , le silence confortable d’un côté, le complot automatique de l’autre.

        La mort d’Éric Denécé mérite une enquête sérieuse.

         Celle d’Olivier Marleix aussi. 

        Leur proximité temporelle interpelle naturellement.

         Mais aucune source publique consultée ne permet aujourd’hui d’établir que leurs décès seraient liés à leurs travaux sur Alstom.

        Alors, coïncidence ? 

        Intervention criminelle ? 

        Drame personnel ? 

        Tant que les preuves ne permettent pas de trancher, le journaliste sérieux doit accepter cette réponse peu spectaculaire , nous ne savons pas.

        Et c’est peut-être la phrase la plus subversive dans une époque qui exige une certitude toutes les quinze secondes.

        Une démocratie solide ne protège pas seulement ses entreprises stratégiques. 

        Elle protège aussi la possibilité de poser des questions dérangeantes, de vérifier les réponses et de contredire les puissants , sans transformer chaque mort en preuve, ni chaque soupçon en vérité.

        Alstom reste donc une question ouverte sur la souveraineté française. 

        Pas une preuve ouverte de meurtre. 

        Et entre les deux, il existe précisément cet espace que le journalisme devrait occuper , celui des faits.

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