Entre rupture affichée avec Jean-Luc Mélenchon, alliances locales avec La France insoumise et volonté de préserver l’unité de la gauche, Olivier Faure tente une équation politique particulièrement délicate.
Le problème n’est pas de savoir si le PS est devenu LFI.
Il est de comprendre pourquoi cette question revient sans cesse et pourquoi le premier secrétaire socialiste peine encore à faire disparaître le doute.
L’analyse devient alors beaucoup plus intéressante , Faure n’est pas Mélenchon et présenter les deux hommes comme interchangeables serait factuellement faible.
Le PS conserve une culture gouvernementale, un rapport différent aux institutions et une histoire politique qui ne se confond pas avec celle de LFI.
Mais la question posée au PS est ailleurs , peut-on revendiquer une autonomie idéologique tout en conservant des alliances avec une formation dont la direction nationale est régulièrement présentée comme incompatible avec cette même ligne ?
C’est cette contradiction qu’il faut examiner.
Le cas des forces de l’ordre constitue un révélateur particulièrement puissant.
Une démocratie peut et doit contrôler l’action de sa police et de sa gendarmerie.
Les abus doivent être dénoncés, les responsabilités établies et les éventuelles fautes sanctionnées.
Mais une formation politique qui aspire au gouvernement doit également éviter un glissement dangereux , passer de la critique d'un comportement précis à la délégitimation symbolique de ceux qui portent l'uniforme.
La différence entre « cette intervention est contestable » et « ceux qui interviennent sont des voyous » n'est pas une nuance de vocabulaire , c'est une différence de conception de l'autorité républicaine.
Et c’est ici que la communication politique devient un piège.
Une formule spectaculaire circule beaucoup plus vite qu'une commission d'enquête.
Une vidéo de quelques secondes peut faire davantage de dégâts qu'une page entière d'explications.
Le responsable politique le sait , le journaliste doit donc faire exactement l'inverse , ralentir, replacer les mots dans leur contexte et demander qui est réellement visé.
La difficulté pour Olivier Faure est d'autant plus grande que son discours a évolué.
Lorsqu'il affirme que le PS n'a « jamais été soumis aux insoumis » et demande à LFI de « faire son examen de conscience », il cherche clairement à réinstaller une frontière politique.
Mais cette frontière doit désormais être lisible dans les actes.
C'est là que les alliances municipales, les négociations électorales et les rapports de force internes au PS deviennent déterminants.
Une frontière politique que l'on redessine après chaque élection ressemble moins à une frontière qu'à une ligne de craie sous la pluie.
Le véritable problème du PS est donc stratégique.
Pendant des années, la gauche française a raisonné autour d'une idée simple , additionner les forces pour empêcher la droite et l'extrême droite de gagner.
La NUPES a donné une traduction électorale à cette logique.
Mais l'expérience a aussi révélé son coût , lorsque plusieurs partis s'unissent sans partager la même conception de la République, de l'Europe, de la sécurité, de l'économie ou de la politique internationale, l'addition électorale peut devenir une soustraction idéologique.
C'est probablement là que se trouve le cœur de la crise socialiste.
Le PS veut récupérer son autonomie sans provoquer l'effondrement de la gauche.
Il veut parler aux classes populaires sans reprendre le logiciel de LFI.
Il veut défendre l'État de droit sans apparaître comme le parti de l'ordre.
Il veut combattre l'extrême droite sans adopter toutes les grilles de lecture de la gauche radicale.
Et il veut gouverner demain sans fermer aujourd'hui toutes les portes qui pourraient conduire au pouvoir.
Politiquement, c'est compréhensible.
Électoralement, c'est risqué.
Intellectuellement, c'est surtout une équation qui demande une ligne beaucoup plus précise.
Car l'électeur n'est pas nécessairement hostile à la nuance.
Il est hostile à l'impression que la nuance change selon le scrutin.
Il peut comprendre qu'un accord local ne signifie pas une fusion nationale.
Il peut comprendre qu'un parti négocie avec ses voisins politiques.
Mais il peut aussi demander , où sont les limites ?
Quelles sont les valeurs non négociables ?
À partir de quel moment une alliance devient-elle une dépendance ?
Et surtout, quelles divergences le PS est-il réellement prêt à assumer, même si elles lui coûtent quelques voix ?
C'est ici que l'affaire dépasse largement Olivier Faure.
Elle concerne l'avenir du socialisme français.
Le PS peut-il redevenir une force autonome ou restera-t-il condamné à osciller entre une gauche radicale dont il refuse certaines orientations et un centre politique auquel une partie de son histoire ne veut pas se résoudre ?
La réponse ne se trouvera pas dans une formule assassine, aussi brillante soit-elle.
Elle se trouvera dans les choix électoraux, les programmes, les alliances et la capacité à défendre une doctrine cohérente.
Et c'est peut-être la petite ironie de cette histoire , plus Olivier Faure répète que le Parti socialiste n'est pas LFI, plus cette distinction devient elle-même le sujet politique.
Une formation véritablement sûre de son identité n'a normalement pas besoin de passer autant de temps à expliquer qu'elle n'est pas quelqu'un d'autre.
Le PS n'est donc pas devenu LFI.
Mais il doit encore démontrer qu'il sait précisément où il s'arrête lorsqu'il travaille avec elle.
Et cette fois, le citoyen ne demande pas une nouvelle déclaration.
Il demande une ligne.
Une vraie.
Une qui ne change pas de couleur au gré des alliances.
Une ligne suffisamment solide pour supporter le poids du pouvoir , car gouverner, contrairement à commenter la politique sur les plateaux, oblige tôt ou tard à répondre d'un principe très ancien , les mots engagent, les actes tranchent.



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