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        Tour Eiffel : huit jours pour retrouver un ordre et surtout celui qui l’a donné



        La Tour Eiffel a retrouvé ses visiteurs, mais pas encore toutes ses réponses. 

        Samedi, lors de la visite privée d’une importante délégation du mouvement religieux hindou BAPS, des salariées auraient été invitées à quitter leur poste, à s’éloigner de certains espaces, voire à se mettre à l’écart afin de limiter les contacts entre femmes et membres de la délégation. 

        Une vingtaine de salariées seraient concernées selon la CGT.

        Puis vint le lundi de vérité , la Tour Eiffel a fermé ses portes au public après une mobilisation du personnel, choqué par cette mise à l’écart. 

        Les salariés ont dénoncé une discrimination fondée sur le sexe. 

        La polémique, elle, a grimpé plus vite que l’ascenseur de la Dame de fer.

        Et maintenant, voici la question qui semble peser davantage que les 10 100 tonnes de la Tour Eiffel , qui a donné l’ordre ?

        Pour l’instant, la réponse officielle ressemble à une partie de ping-pong administratif. 

        Le BAPS affirme que la visite avait été organisée « en coordination avec les équipes de la tour Eiffel » et a présenté ses excuses. 

        La direction de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel reconnaît que les conditions imposées n’auraient jamais dû être acceptées. 

        De son côté, la CGT réclame que toute la chaîne de décision soit éclaircie.

        Le problème est précisément là , un ordre ne tombe pas du ciel, même à Paris. 

        Il passe par quelqu’un, par une décision, par une validation, par une hiérarchie. 

        Et lorsqu’une vingtaine de salariées doivent soudain disparaître des couloirs d’un monument public, il paraît assez difficile d’imaginer qu’un fantôme administratif ait discrètement appuyé sur le bouton.

        La question n’est donc pas seulement de savoir ce que demandait la délégation. 

        Une croyance appartient à ceux qui la pratiquent.

         Mais la décision d’accepter cette demande dans un monument français relève bien de ceux qui en avaient la responsabilité. 

        Et c’est précisément ce point que l’enquête devra établir.

        Car il existe une différence fondamentale entre respecter un visiteur et organiser le monde autour de ses exigences discriminatoires. 

        Une entreprise peut naturellement organiser une visite privée, gérer la sécurité, les horaires ou les déplacements. 

        Mais demander à des salariées de disparaître parce qu’elles sont des femmes franchit une ligne autrement plus sérieuse.

        Le plus cocasse , si l’on ose encore employer ce mot , est que la Tour Eiffel est justement devenue, depuis 2025, un symbole supplémentaire de la volonté de rendre les femmes visibles , un projet prévoit d’y inscrire les noms de 72 femmes scientifiques, afin de corriger l’absence historique de femmes parmi les 72 savants dont les noms figurent déjà sur le monument.

        D’un côté, Paris veut graver les femmes dans la Tour.

         De l’autre, quelques mètres plus bas, des salariées auraient reçu l'ordre de se cacher. 

        Voilà une contradiction qui mériterait presque sa propre plaque commémorative.

        Le gouvernement a réagi fermement. 

        La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a rappelé qu’en France « on ne demande pas aux femmes de s’effacer » et qu’aucune religion n’est supérieure aux lois de la République. 

        Plusieurs responsables politiques ont également demandé que toute la lumière soit faite.

        Mais les déclarations politiques ne suffiront pas. 

        Il faut maintenant des faits, des noms, une chronologie et des responsabilités. 

        Qui a reçu la demande ? 

        Qui l’a transmise ? 

        Qui l’a validée ? 

        Qui a donné les consignes au personnel ? 

        Qui pouvait dire non ? 

        Et surtout , pourquoi personne ne l’a fait ?

        La Tour Eiffel mesure 330 mètres. 

        Il ne devrait pourtant pas falloir huit jours pour trouver d’où est descendu un ordre.

        Parce qu’au fond, le scandale n’est pas seulement que des femmes aient été priées de disparaître. 

        Le scandale serait que, dans une institution française, personne ne soit capable de dire qui a décidé de les faire disparaître.

        Une enquête est annoncée. 

        Elle devra éviter le grand classique administratif , beaucoup de bruit, quelques communiqués, puis une conclusion suffisamment floue pour que tout le monde soit responsable, donc personne.

        À la Tour Eiffel, on connaît la hauteur du monument.

         Il reste maintenant à mesurer la profondeur de la responsabilité.

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