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        Quand le carton rouge se joue hors du terrain


        Il arrive que le football quitte les pelouses pour révéler les vieux démons qui n'ont jamais vraiment quitté les tribunes. 

        Cette fois, ce ne sont ni un tacle dangereux ni une décision arbitrale qui enflamment les débats, mais les propos attribués à un élu paraguayen visant Kylian Mbappé. 

        Une sortie qui rappelle qu'au XXIᵉ siècle, certains responsables publics confondent encore la tribune politique avec une buvette où l'on sert les clichés les plus éventés.

        Le paradoxe est savoureux. 

        À l'heure où le football est devenu l'un des plus puissants symboles de la mondialisation, où les équipes nationales ressemblent à des atlas vivants et où les clubs recrutent aux quatre coins du globe, quelques voix persistent à mesurer les individus à la couleur de leur peau plutôt qu'à la qualité de leurs actes. 

        Comme si un but marqué avait une pigmentation, comme si le talent devait présenter un certificat d'origine.

        Le racisme possède une étrange faculté , il vieillit très mal, mais trouve toujours de nouveaux porte-voix. 

        Derrière des formules qui se veulent provocatrices se cache souvent une pauvreté d'arguments. 

        Lorsqu'il devient difficile de convaincre, certains choisissent d'insulter.

         Lorsqu'il devient impossible de rivaliser avec l'excellence sportive, ils s'attaquent à l'identité de celui qui l'incarne.

        Kylian Mbappé n'est pas seulement une star du football. 

        Il est devenu, malgré lui, un révélateur. 

        Chaque attaque raciste dirigée contre lui expose moins la personne visée que celui qui la prononce. 

        Le miroir est cruel , il reflète davantage les préjugés de l'agresseur que la réalité de sa cible.

        L'ironie est que le ballon, lui, reste obstinément daltonien. 

        Il roule de la même manière sous les crampons d'un enfant de Pointe-à-Pitre, d'Asunción, de Dakar, de Paris ou de Buenos Aires. 

        Il ne demande jamais la couleur des mains qui le lancent ni celle des pieds qui le frappent. 

        Le football, lui, a déjà compris ce que certains discours politiques peinent encore à apprendre , la performance ne connaît ni race, ni frontière.

        Dans cette affaire, le véritable hors-jeu n'est pas celui que signale l'arbitre.

         C'est celui d'une parole publique qui oublie que représenter une nation exige davantage de hauteur que de bruit. 

        Les élus passent, les polémiques s'éteignent, mais chaque mot prononcé contribue soit à construire une société plus forte, soit à fragiliser le vivre-ensemble.

        Au fond, le carton rouge ne devrait pas être réservé aux joueurs. 

        Il devrait parfois sanctionner ceux qui transforment le débat public en championnat des préjugés. 

        Car lorsque le racisme entre sur le terrain, c'est toujours l'humanité qui encaisse le but.

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