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        Cyberattaques : une administration doit apprendre avant d’être attaquée



        La France parle de transformation numérique, d’intelligence artificielle et de souveraineté technologique. 

        Très bien. 

        Mais une question mérite d’être posée sans détour , que vaut une administration numérique si ceux qui la font fonctionner ne se forment plus ? 

        Les cyberattaques ne prennent pas de vacances. 

        Les pirates ne regardent pas le calendrier des congés, ne demandent pas l’autorisation d’un comité et ne patientent pas gentiment jusqu’à la prochaine réunion de service. 

        Pendant ce temps, certaines administrations doivent encore affronter des systèmes vieillissants, des procédures parfois insuffisantes et surtout une culture de la formation qui devrait devenir permanente. 

        Se former ne devrait pas être une punition imposée par la hiérarchie, mais un réflexe professionnel. 

        En interne, pendant les heures de travail lorsque la mission le permet, mais aussi, pour ceux qui le souhaitent, par curiosité personnelle à la maison , tutoriels, documentation, conférences, livres, formations en ligne, expérimentation. 

        Le numérique offre une chance extraordinaire , celui qui veut apprendre peut aujourd’hui accéder à une quantité presque infinie de connaissances. 

        Encore faut-il avoir la volonté d’ouvrir la porte. 

        Et là apparaît un sujet plus délicat , la motivation professionnelle. 

        La rémunération compte, évidemment. 

        Personne ne paie son loyer avec de belles phrases sur l’intérêt général. 

        Mais réduire le travail à la paie du dernier jour du mois serait également une drôle de conception de la vocation professionnelle. 

        Aimer son métier, vouloir progresser, comprendre les nouveaux outils, transmettre son expérience et rester curieux devraient faire partie des moteurs d’une carrière publique moderne. 

        L’autodidacte n’est pas un extraterrestre administratif , c’est simplement quelqu’un qui a compris que son métier ne s’arrête pas au contenu de sa fiche de poste. 

        Dans la cybersécurité, cette attitude devient même essentielle. 

        Une compétence acquise il y a dix ans peut être devenue insuffisante aujourd’hui. 

        Les menaces évoluent, les techniques changent, les outils se transforment et les attaquants, eux, se forment très bien. 

        Ils n’attendent pas une augmentation indiciaire pour apprendre une nouvelle méthode. 

        Alors pourquoi l’administration devrait-elle attendre une formation obligatoire tous les trois ans pour actualiser ses connaissances ? 

        Le problème n’est donc pas de déclarer la guerre aux fonctionnaires, ni de caricaturer tous les agents publics comme des nostalgiques du papier carbone.

         Le véritable enjeu est de construire une culture où l’immobilisme professionnel n’est plus valorisé. 

        Un agent qui apprend doit être encouragé. 

        Celui qui transmet doit être reconnu. 

        Celui qui propose une amélioration doit être écouté.

         Et celui qui refuse systématiquement d’évoluer malgré les formations, les moyens et l’accompagnement doit pouvoir être évalué avec la même rigueur que dans n’importe quelle organisation professionnelle ,la porte . 

        Car protéger les citoyens contre les cyberattaques nécessite des machines sécurisées, mais aussi des femmes et des hommes compétents, curieux et responsables. 

        On peut acheter le meilleur logiciel du monde , si quelqu’un clique sur le mauvais bouton parce qu’il n’a jamais appris à reconnaître une attaque, la technologie ne fera pas de miracle. 

        La cybersécurité commence souvent entre le clavier et la chaise. 

        Voilà peut-être la réforme la plus importante , passer d’une administration qui demande périodiquement à ses agents de se former à une administration qui considère l’apprentissage comme une partie normale du métier. 

        Se former ne devrait pas être l’ennemi des vacances, mais le compagnon de la carrière. 

        Et aimer suffisamment son travail pour vouloir devenir meilleur devrait être considéré non comme une naïveté, mais comme une force. 

        La France n’a pas seulement besoin de nouveaux ordinateurs, de nouveaux logiciels ou de nouvelles procédures. 

        Elle a besoin d’une nouvelle culture professionnelle , apprendre, comprendre, transmettre, évoluer. 

        Parce qu’à l’heure des cyberattaques, celui qui ne progresse pas ne reste pas immobile , il recule. 

        Et pendant qu’il recule, les pirates avancent.
         

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