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        2027 : La France cherche encore le mode d’emploi de son président



        À moins d’un an de la présidentielle de 2027, la France entre doucement dans cette étrange saison où les candidats poussent comme les champignons après la pluie médiatique , certains apparaissent, d’autres disparaissent, quelques-uns changent de veste et presque tous expliquent qu’ils sont précisément ceux que nous attendions. 

        Dans son analyse de la « gouvernance perverse », la psychologue clinicienne Marion Saint-Michel pose une question autrement plus dérangeante que le traditionnel concours de sondages  et si le problème français ne résidait pas seulement dans celui qui occupe l’Élysée, mais dans la mécanique qui sélectionne ceux qui rêvent d’y habiter ? 

        Emmanuel Macron quittera nécessairement la scène présidentielle en 2027, mais son successeur pourrait parfaitement reprendre le même scénario avec un autre costume, une autre musique et soyons généreux, un nouveau slogan. 

        Car notre République possède un talent remarquable , changer les personnages sans toujours modifier le décor. 

        À chaque élection, le citoyen se voit promettre le grand renouvellement. 

        Puis arrivent les communicants, les éléments de langage, les plateaux télé, les petites phrases et cette mystérieuse capacité politique à expliquer que tout va mieux alors que le voisin vient précisément de recevoir sa facture. 

        Le pouvoir moderne exige désormais de savoir parler avant de savoir faire, séduire avant de convaincre et surtout occuper l’espace avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. 

        Le candidat devient parfois une marque, son programme une brochure et l’électeur une sorte de consommateur invité à choisir son modèle de gouvernant dans un catalogue où toutes les options sont disponibles, sauf peut-être celle intitulée « responsabilité ». 

        C’est ici que l’analyse de Marion Saint-Michel mérite attention , elle invite à regarder derrière le spectacle politique, là où se trouvent les mécanismes de sélection des élites, la concentration du pouvoir, la manipulation des perceptions et la progressive déconnexion entre les dirigeants et ceux qu’ils prétendent représenter. 

        Attention cependant au vocabulaire , parler de « perversion » dans la gouvernance ne signifie pas établir un diagnostic psychiatrique des responsables politiques. 

        La satire peut être mordante , la science, elle, doit garder ses chaussures propres. 

        Le véritable danger serait d’ailleurs de croire qu’un « homme providentiel » suffirait à réparer la machine.

         L’histoire française regorge de sauveurs annoncés qui ont découvert, une fois installés aux commandes, que gouverner consiste moins à prononcer des discours magnifiques qu’à arbitrer entre des intérêts contradictoires, accepter les contraintes et rendre des comptes. 

        Un État sérieux ne se mesure pas au nombre de portraits présidentiels dans les mairies, mais à la solidité de ses institutions, à l’indépendance de ses contre-pouvoirs et à la capacité de ses dirigeants à reconnaître leurs erreurs sans convoquer immédiatement un conseiller en communication.

         Alors, qu’attendre de 2027 ? 

        Peut-être moins un nouveau messie qu’un adulte capable de supporter la contradiction. 

        Moins un virtuose de la télévision qu’une personnalité capable de dire « je ne sais pas » sans s’effondrer dans les sondages. 

        Moins un champion de la promesse qu’un responsable capable d’expliquer le prix réel de ses décisions. 

        Car la démocratie française souffre peut-être moins d’un manque de candidats que d’un excès de candidats persuadés d’avoir raison avant même d’avoir commencé à écouter. 

        Les Français, eux, ne demandent pas nécessairement la lune. 

        Ils demandent de comprendre où va le pays, pourquoi certaines décisions sont prises, qui en paiera le prix et qui assumera les conséquences.

         C’est beaucoup demander à la politique contemporaine, semble-t-il. 

        Mais après tout, nous avons inventé la République , il serait dommage de la laisser fonctionner comme une émission de télé-réalité avec seulement cinq ans de contrat. 

        En 2027, la question ne sera donc pas simplement « qui gouvernera la France ? », mais « quel système sommes-nous prêts à accepter pour être gouvernés ? ». 

        Et cette fois, le bulletin de vote pourrait utilement être accompagné d’un miroir. 

        La démocratie adore les grands discours , elle apprécie encore davantage lorsqu’on regarde enfin ce qu’il y a derrière le rideau.

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