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        Éducation nationale : quand le monopole devient une panne nationale



        La France aime les grandes institutions comme on aime les monuments historiques , on les admire, on les entretient parfois mal, mais on hésite surtout à déplacer une pierre. 

        L’Éducation nationale appartient à cette catégorie.

         Depuis des années, les résultats scolaires inquiètent, les enseignants dénoncent leurs conditions de travail, les familles cherchent des alternatives et les ministres se succèdent avec une remarquable régularité , presque assez pour constituer une équipe de relais. 

        Pourtant, le problème demeure , qui décide réellement de l’éducation des enfants, l’État ou les familles ?

        Pour Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école et fondatrice de la Fondation Kairos-Institut de France, le débat doit changer de nature.

         Plutôt que de chercher une énième réforme administrative destinée à réparer la réforme précédente, elle défend une idée plus radicale , redonner aux parents une véritable liberté de choix scolaire. 

        École publique, établissement privé sous contrat, école indépendante ou instruction en famille , plusieurs chemins devraient pouvoir coexister, à condition de respecter des exigences claires de qualité, de protection de l’enfant et de transmission des savoirs.

        Car le paradoxe français est savoureux, quoique peu réjouissant. 

        L’État proclame régulièrement son attachement à l’égalité, mais l’égalité de façade ne garantit pas l’égalité réelle. 

        Deux enfants nés à quelques kilomètres l’un de l’autre peuvent connaître des expériences scolaires radicalement différentes. 

        Ici, une équipe pédagogique inventive , là, des classes difficiles à stabiliser. 

        Ici, un établissement recherché , ailleurs, des familles qui calculent les dérogations comme d’autres jouent au loto. 

        Et lorsque les parents souhaitent sortir du parcours dominant, ils découvrent parfois que la liberté scolaire existe surtout dans les discours.

        La question de 2027 pourrait donc être moins , “Quelle nouvelle réforme de l’Éducation nationale ?” que , “Quelle liberté voulons-nous accorder aux familles ?” 

        Voilà qui aurait au moins le mérite de déplacer le débat. 

        Car si un système produit durablement les mêmes difficultés malgré les changements de ministres, de programmes, de dispositifs et de circulaires, peut-être faut-il examiner le système lui-même plutôt que de repeindre la façade.

        La satire, ici, vient presque toute seule. 

        Chaque nouveau ministre arrive avec sa boîte à outils , nouveau programme, nouvelle méthode, nouvelle priorité, nouveau vocabulaire. 

        Puis repart avant que le précédent dispositif ait eu le temps de sécher. 

        Pendant ce temps, l’enseignant, lui, reste devant sa classe avec ses élèves. 

        Et les parents restent devant leurs enfants avec une question autrement plus concrète , comment leur garantir une instruction solide ?

        La liberté scolaire ne serait évidemment pas une baguette magique. 

        Ouvrir davantage le champ des possibles ne dispense ni de contrôler la qualité des enseignements, ni de lutter contre les inégalités sociales, ni de garantir la maîtrise des savoirs fondamentaux. 

        Une école libre ne signifie pas une école sans règles.

         La liberté suppose au contraire un cadre exigeant , transparence des résultats, qualification des enseignants, protection des mineurs, socle commun de connaissances et contrôle sérieux, mais proportionné.

        Le véritable enjeu serait alors de passer d'une logique de méfiance envers les initiatives privées ou familiales à une logique de responsabilité. 

        Pourquoi l’État devrait-il nécessairement être l’unique organisateur légitime de la réussite scolaire ? 

        Son rôle pourrait être celui d’un garant , fixer les exigences, financer équitablement lorsque cela est nécessaire, contrôler les abus et permettre aux familles de choisir.

        Cette approche pose toutefois une question explosive , la liberté scolaire doit-elle être réservée à ceux qui peuvent la payer ? 

        Si l’on veut éviter que le choix ne devienne simplement un privilège supplémentaire pour les familles aisées, il faut réfléchir au financement.

         Autrement dit, défendre la liberté implique de défendre aussi la possibilité concrète d’en bénéficier. 

        Sinon, le libre choix risque de ressembler à une belle porte ouverte devant laquelle certains n’auront tout simplement pas les clés.

        2027 pourrait donc être l’occasion d’un débat moins technocratique et plus fondamental. 

        Une nation peut-elle demander à son école de préparer le XXIᵉ siècle avec des réflexes administratifs hérités du XXᵉ ? 

        Peut-elle prétendre combattre les inégalités tout en laissant certaines familles sans solution adaptée ?

         Peut-elle continuer à multiplier les réformes sans interroger suffisamment la concentration des décisions ?

        Retrouver la liberté scolaire ne signifie pas abandonner l’école publique. 

        Cela signifie accepter qu’elle ne soit pas l’unique horizon imaginable. 

        Une école publique forte peut parfaitement cohabiter avec des écoles privées sous contrat, des établissements indépendants et d’autres formes d’instruction. 

        La diversité n’est pas nécessairement une menace pour le service public , elle peut aussi devenir un moteur d’émulation.

        Au fond, le débat scolaire français touche à une question plus vaste , faisons-nous confiance aux citoyens ? 

        Si oui, il faudra accepter qu’ils puissent choisir, expérimenter, comparer et parfois préférer autre chose que ce que l’administration avait prévu pour eux. 

        Ce serait presque révolutionnaire dans un pays où l’on aime beaucoup la liberté, à condition qu’elle soit accompagnée d’un formulaire en trois exemplaires.

        En 2027, le véritable changement ne serait peut-être donc pas de nommer un nouveau ministre capable de promettre l’impossible. 

        Ce serait de redonner aux familles une part du pouvoir de décision, tout en exigeant de chaque modèle scolaire qu’il rende des comptes. 

        Moins de monopole, davantage de pluralisme , moins de dogmes, davantage d’évaluation , moins de promesses ministérielles, davantage de choix pour les citoyens. 

        L’école française n’a peut-être pas besoin d’une énième révolution administrative. 

        Elle pourrait avoir besoin d’une idée plus ancienne et plus audacieuse , faire confiance aux familles et mesurer ensuite les résultats.

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