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        Kenscoff : quand les gangs avancent, l’État arrive après les flammes





        HAÏTI — La nuit du 23 au 24 août 2026 restera comme une nouvelle cicatrice dans l’histoire déjà meurtrie de Kenscoff. 

        Des groupes armés ont lancé une offensive dans cette commune située sur les hauteurs de Port-au-Prince, tuant plusieurs dizaines de personnes, incendiant des maisons et contraignant des familles à fuir. 

        Les premiers bilans faisaient état d’une trentaine de morts, mais le bilan s’est alourdi , les Nations unies évoquent désormais au moins 47 personnes tuées et 22 blessées. 

        Plusieurs dizaines de maisons auraient également été incendiées.

        La violence ne s’est pas limitée aux habitations. 

        Une église qui accueillait des personnes déplacées a également été incendiée, tandis que des bâtiments situés à proximité de la mairie et du commissariat ont été touchés. 

        Des témoins racontent des scènes de panique, des familles séparées et des habitants cherchant refuge alors que les hommes armés progressaient dans la ville.

        Le paradoxe est brutal , les victimes n’étaient pas dans une zone inconnue de l’État. 

        L’attaque s’est déroulée dans une commune déjà frappée à plusieurs reprises par les groupes criminels. 

        Des organisations de défense des droits humains avaient documenté auparavant des meurtres, des enlèvements, des incendies et des violences sexuelles à Kenscoff. 

        La question n’est donc plus seulement de savoir comment les gangs ont pu frapper, mais pourquoi une population déjà avertie du danger reste aussi vulnérable.

        Quelques heures après le carnage, le directeur général de la Police nationale d’Haïti, Vladimir Paraison, et le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Fritz Patterson Dorval, se sont rendus sur place. 

        Leur présence devait rassurer les habitants et permettre d’évaluer les dégâts. 

        Mais pour une population qui vient de voir brûler des maisons et mourir des proches, la visite des autorités pose une question aussi simple que terrible , à quoi sert la présence de l’État après le massacre si sa protection n’a pas empêché le massacre ?

        La colère des habitants est donc compréhensible.

         Elle vise les gangs, responsables directs des crimes, mais aussi une machine sécuritaire dont les résultats apparaissent dramatiquement insuffisants.

         L’État haïtien affirme avoir placé les forces de sécurité en état d’alerte maximale et promet des renforts. 

        Pourtant, dans les rues de Kenscoff, le mot « alerte » risque de sonner comme une mauvaise plaisanterie si elle ne se transforme pas rapidement en protection concrète.

        Car le problème dépasse désormais une simple succession d’attaques. 

        Chaque maison incendiée réduit un peu plus le territoire de la République. 

        Chaque famille déplacée agrandit celui de la peur.

         Chaque massacre banalise l’impensable. 

        Et lorsqu’une population finit par considérer la fuite comme la seule stratégie de survie, ce ne sont pas seulement des quartiers qui disparaissent , c’est l’autorité publique elle-même qui recule.

        La coalition criminelle Viv Ansanm est régulièrement citée dans les attaques qui ravagent la région de Port-au-Prince. 

        Son expansion s’inscrit dans une crise sécuritaire qui a déjà provoqué le déplacement d’environ 1,5 million de personnes à travers le pays.

        À Kenscoff, les morts ne réclament plus de discours.

         Les survivants, eux, réclament quelque chose de beaucoup plus élémentaire , pouvoir dormir chez eux sans entendre les armes, envoyer leurs enfants à l’école sans craindre une attaque et appeler la police en sachant qu’une réponse viendra avant les funérailles.

        La satire devient alors presque inutile , dans un pays où les gangs peuvent incendier des maisons, attaquer une église, tuer des civils et atteindre les abords d’un commissariat, la réalité dépasse déjà la caricature. 

        L’histoire jugera peut-être les criminels pour leurs crimes , elle jugera aussi les institutions sur leur capacité à protéger ceux qui leur confient leur vie.

        À Kenscoff, une évidence s’impose désormais , un État ne se mesure pas au nombre de ses communiqués après une tragédie, mais à sa capacité à empêcher que la prochaine tragédie ait lieu.

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