Faut il revenir au minitel dans la fonction public ?
Revenir au Minitel dans la fonction publique ?
La formule fait sourire, puis elle inquiète.
Derrière la boutade, un malaise bien réel , celui d’un État numérique qui trébuche trop souvent sur ses propres câbles.
Les exemples s’accumulent.
Plateformes en panne le jour J, formulaires incompréhensibles, données perdues, services essentiels inaccessibles pendant des heures.
Chaque “boulette” est aussitôt excusée par un communiqué évoquant un incident technique, une cyberattaque ou une montée en charge imprévue.
À force, l’argument fatigue.
La question n’est plus l’accident, mais le système qui les rend probables.
Le Minitel, rappelons-le sans nostalgie excessive, avait une vertu cardinale , la fiabilité.
Peu élégant, lent comme un escargot administratif, mais robuste.
Il fonctionnait pour tous, partout, sans mise à jour hebdomadaire ni mot de passe à rallonge.
L’État savait ce qu’il pilotait.
Aujourd’hui, la sophistication numérique a progressé plus vite que la maîtrise collective de ses outils.
Le cœur du problème n’est pas technologique, il est humain et organisationnel.
Une partie du personnel public se retrouve à utiliser des logiciels conçus sans eux, parfois contre eux.
Interfaces mal pensées, formations tardives ou inexistantes, empilement de solutions imposées par appels d’offres successifs , l’agent devient exécutant d’un système qu’il ne comprend pas toujours.
La machine décide, l’humain s’adapte ou décroche.
À cela s’ajoute une dépendance croissante à des prestataires privés, détenteurs du savoir technique.
L’État commande, mais ne possède plus pleinement ses outils.
Résultat : délais rallongés, coûts explosifs et une incapacité chronique à corriger rapidement les erreurs.
Quand le numérique vacille, le service public s’arrête net.
Le guichet, lui, ne tombe jamais totalement en panne.
Faut-il pour autant revenir au Minitel ?
Évidemment non.
Ce serait confondre la critique du présent avec la fuite vers le passé.
Mais la provocation a le mérite de poser la bonne question.
Pourquoi avons-nous abandonné la simplicité, la robustesse et l’appropriation collective au profit d’une complexité mal digérée ?
La réponse passe par un investissement massif dans les compétences internes, une conception des outils centrée sur les usages réels et une exigence de sobriété numérique.
Moins d’effets d’annonce, plus de tests.
Moins de plateformes universelles, plus de solutions adaptées.
Le numérique public doit redevenir un outil, pas une épreuve.
Le Minitel n’est pas un modèle à copier, mais un rappel utile , un service public efficace n’a pas besoin d’être dernier cri.
Il a besoin d’être fiable, compréhensible et au service de celles et ceux qui le font vivre.
Le progrès n’est pas toujours là où clignotent les écrans, mais là où la technique s’efface pour laisser passer l’action.
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