Quand le futur se brouille, les dangers s’éveillent
Le monde avance comme un cheval lancé au galop, sans cavalier pour tenir les rênes.
Beaucoup y voient une mascarade, d’autres une arène où chacun tente de jouer au fauve dominant.
Quand l’horizon se brouille, l’être humain cherche des abris idéologiques comme on cherche un rocher au milieu d’une mer démontée.
Ce réflexe est ancien, presque inscrit dans la moelle , on se raccroche à une certitude quand tout tremble.
On se fabrique un rôle, parfois un trône imaginaire.
On veut être la voix qui porte, le chef de meute et c’est là que les ennuis commencent.
Dans ces moments-là, les relations humaines se crispent comme du linge séché trop vite.
Le dialogue se rétrécit.
La nuance disparaît, avalée par la peur, par la fatigue de vivre au jour le jour.
Les abus s’installent toujours en pas feutrés , d’abord une pression, une manipulation puis une menace, enfin l’étau.
Les alliances se tissent dans l’ombre, par survie plus que par conviction.
On croit voir le chaos surgir d’Haiti ou d’ailleurs comme un accident lointain, mais ce sont des mécanismes universels, des engrenages qui grincent partout.
La force brute, le pouvoir nu, l’argent ,ce trio-là gouverne trop de décisions.
Il offre une illusion de maîtrise, comme si quelques billets pouvaient combler un manque de vision.
Les sociétés qui glissent vers cette pente finissent par ressembler à un navire sans gouvernail, elles tournent en rond jusqu’à heurter un rocher.
Et une fois le choc venu, il est trop tard pour réécrire l’histoire.
Le retour en arrière est un luxe que les civilisations n’ont jamais vraiment su s’offrir.
Reste alors le chantier du renouveau.
Reinventer la diplomatie, réapprendre la parole bienveillante, retrouver le sens du “nous” dans un monde obsédé par le “moi”.
Cela paraît compliqué, presque naïf, mais toute reconstruction commence par une poignée de vérité et un grain de courage.
La diplomatie, la véritable, n’est pas une danse d’hypocrites , c’est un art patient, têtu, qui croit encore que deux êtres humains peuvent se comprendre malgré la somme de leurs peurs.
Ce qui manque, peut-être, c’est une perspective commune.
Un récit qui ne serait pas écrit par les plus forts mais façonné par ceux qui acceptent de regarder loin.
L’avenir réclame des bâtisseurs, pas des gladiateurs.
Des voix capables de dire , “le monde est en feu, mais ce feu peut encore éclairer plutôt que dévorer”.
Comme le murmure un proverbe créole : « Sé grenn ki ka fè sac » — ce sont les petits grains qui font le sac.
Autrement dit : aucun changement ne naît d’un coup de tonnerre, mais d’une suite de gestes, de décisions, de paroles qui refusent la fatalité.
Tant que les sociétés fermeront les yeux, les forces les plus violentes continueront de régner.
Mais dès qu’une conscience s’ouvre, même une seule, quelque chose commence à bouger dans le paysage.
Les idées ont cette étrange capacité de survivre aux ruines.
Elles tracent des pistes dans le sable pour ceux qui viendront après.
Ce n’est pas une morale, seulement une veille, tant que des femmes et des hommes acceptent de regarder la réalité sans se voiler la face, alors le monde n’est pas complètement perdu.
Et c’est dans cette lucidité fragile, exigeante, que peut renaître une espérance capable de tenir debout.
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