Audition à l’Assemblée nationale : grande distribution, souveraineté alimentaire et bataille des prix
Mercredi 14 janvier 2026 à l’Assemblée nationale, dans un hémicycle empreint de gravité et de questions concrètes, les députés de la commission des affaires économiques ont invité Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires, Gwenn Van Ooteghem, directeur général d’Intermarché, et Gianluigi Ferrari, PDG de la centrale d’achat Everest, pour une audition tournant autour de l’état de la grande distribution en France, les mutations de la consommation et l’avenir du commerce alimentaire.
Sous les hauts plafonds de l’hémicycle, parfois mieux éclairés que les réalités du terrain, se sont croisées des paroles qui disent une même tension , comment concilier pouvoir d’achat des ménages, soutien au monde agricole et compétitivité des distributeurs dans un contexte de crise, de concurrence européenne et de technologies numériques qui redessinent les habitudes d’achat.
Le président des Mousquetaires a d’abord dressé un tableau contrasté , malgré une présence historique , environ 4 100 points de vente et une part de marché proche de 17 % et un modèle coopératif qu’il qualifie d’armature compétitive, le secteur reste fragile face aux évolutions rapides du commerce et aux contraintes réglementaires qu’il juge trop lourdes.
Son constat est cru , dans un monde où les consommateurs multiplient les circuits (enseignes spécialisées, hard discount, commerce en ligne), le volume des achats alimentaires stagne, obligeant les distributeurs à repenser leurs stratégies pour rester à flot.
Il évoque des investissements obligatoires de l’ordre de 5 milliards d’euros par an pour répondre aux exigences numériques, environnementales (RSE) et logistiques , une somme qui s’ajoute à des charges déjà très lourdes.
L’audition a mis en lumière un sujet hautement politique , la souveraineté alimentaire.
Dans une Europe où la concurrence s’intensifie et où des accords commerciaux comme celui avec le Mercosur divisent, les patrons de la distribution ont plaidé pour un équilibre entre règles vertueuses et compétitivité réelle.
Ils ont demandé plus de cohérence dans l’application des normes afin d’éviter une érosion des acteurs nationaux, soulignant que sans agriculture forte, il n’y aurait pas de grande distribution solide et inversement.
L’échange avec les parlementaires a aussi abordé la question des alliances d’achat à l’échelle européenne via des plateformes comme Everest , outils censés rééquilibrer le rapport de force face aux multinationales (Procter & Gamble, Unilever, etc.) mais qui doivent répondre au défi de la transparence et de la répercussion des gains sur les prix aux consommateurs.
Un autre passage de l’audition a souligné l’enjeu des normes et de la transparence des prix agricoles.
La discussion a porté sur la loi EGalim (loi sur l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire), ses avancées, ses limites et son rôle dans la structuration des relations entre industriels, distributeurs et agriculteurs.
Enfin, au cœur de ces échanges, une idée revient , le commerce n’est pas seulement une affaire d’équations comptables, mais de vies quotidiennes , celles des familles qui cherchent à bien manger sans se ruiner, des exploitants qui doivent vivre de leur travail, des magasins qui animent les territoires.
C’est cette ligne de crête fragile qu’ont tenté d’éclairer députés et dirigeants, entre stratégies économiques, responsabilités sociales et impératifs politiques.
À suivre : cette audition n’est qu’un acte dans un scénario plus vaste qui mêle économie, régulation et citoyenneté, alors que la grande distribution continue de se transformer sous les pas des consommateurs et des législateurs.
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