Un nouveau monde est en train de naître aux Antilles.
Il ne frappe pas à la porte.
Il entre par les fissures.
Lentement, sûrement, parfois brutalement.
Ceux qui ne voient rien confondent encore stabilité et inertie.
Pendant des décennies, la départementalisation a tenu lieu de colonne vertébrale.
Protection sociale, transferts publics, cadre institutionnel solide , un filet de sécurité réel, souvent vital.
Mais ce filet, conçu pour un autre siècle, se tend aujourd’hui au-dessus d’un vide plus large.
Le monde a changé de règles, sans en prévenir les marges.
La mondialisation s’est durcie.
Les conflits reviennent à ciel ouvert.
Le droit recule face aux rapports de force.
La technologie avance plus vite que les institutions.
Dans ce contexte, les territoires antillais ne sont plus seulement des espaces protégés , ils deviennent des zones stratégiques exposées.
La géographie, naguère paisible, redevient politique.
Sur le plan local, les lignes de fracture sont visibles.
Une économie encore largement dépendante de la dépense publique.
Des collectivités à qui l’on transfère des compétences sans les moyens durables de les assumer.
Une jeunesse qualifiée, mobile, lucide, qui sent que le contrat implicite ,études, emploi, stabilité ,ne tient plus toujours ses promesses.
Le débat institutionnel s’enflamme alors.
Autonomie, maintien du cadre actuel, rupture.
Les mots circulent vite, parfois trop.
Or l’époque n’autorise ni slogans faciles ni rêves désincarnés.
L’autonomie n’est pas une incantation.
Le statu quo n’est pas une assurance-vie.
La rupture brutale, dans un monde instable, peut devenir une vulnérabilité majeure.
La question centrale n’est donc pas idéologique, elle est stratégique , comment transformer sans se fragiliser ?
Comment gagner en capacité d’action locale tout en conservant des protections essentielles ?
Comment produire davantage, décider mieux, sans se livrer pieds et poings liés à des puissances économiques ou géopolitiques prédatrices ?
L’erreur serait de croire que l’ancien monde peut durer par habitude ou que le nouveau surgira par magie.
L’histoire ne fonctionne ni à l’inertie, ni à l’improvisation.
Elle récompense les sociétés qui savent lire les rapports de force, investir dans leurs compétences, négocier avec lucidité et penser sur le long terme.
Aux Antilles, le moment est grave mais fécond.
Un moment où il faut parler vrai, regarder loin et refuser les illusions confortables.
Le futur ne se réclame pas.
Il se construit.
Lentement, collectivement, avec une conscience claire des risques comme des possibles.
Le monde change.
Les Antilles ne sont pas en marge de cette bascule.
Elles sont à l’un de ses points sensibles.
Et c’est précisément là que peut naître, non pas un miracle, mais une trajectoire.
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