La question dérange parce qu’elle met le doigt là où le discours politique devient flou, circulaire, presque nerveux.
Officiellement, tout le monde les aime.
Dans les discours, l’agriculteur est une figure tutélaire , gardien des paysages, nourricier de la nation, héritier d’un savoir ancien.
On l’invoque comme on brandit un drapeau aux jours de commémoration.
Mais dans les actes, la silhouette se dissout.
Les fermes ferment.
Les terres se concentrent.
Les vocations s’éteignent plus vite que les lampes des granges au crépuscule.
La politique agricole tourne en rond comme un tracteur embourbé.
On promet la simplification, on ajoute des normes.
On parle de souveraineté alimentaire tout en signant des accords qui mettent en concurrence un paysan français avec une exploitation industrielle à l’autre bout du monde.
On vante l’écologie, mais on laisse seuls ceux qui devraient la mettre en pratique, sans prix justes, sans sécurité économique, sans horizon clair.
Quand la colère monte, la réponse est souvent mécanique.
Des cordons de forces de l’ordre.
Des barrages.
Des boucliers.
Comme si le problème était l’ordre public et non l’ordre économique.
Comme si protéger des bâtiments suffisait à protéger un métier.
Les responsables politiques se retranchent derrière l’uniforme, évitant le cœur du sujet , peut-on vivre dignement de la terre aujourd’hui en France ?
Car la vérité est là, nue et rugueuse.
Un pays qui veut encore des agriculteurs leur garantit trois choses , un revenu stable, une reconnaissance réelle et une place centrale dans la société.
Pas des médailles symboliques.
Pas des tables rondes sans suite.
Pas des plans annoncés puis dilués dans les couloirs administratifs.
À force de transformer l’agriculteur en variable d’ajustement, on en fait un survivant.
À force de parler de modernisation sans protection, on remplace l’humain par la dette, la machine, puis par l’abandon.
Ce n’est pas une fatalité économique , c’est un choix politique.
Les traditions rurales ne demandent pas à être figées comme dans une carte postale.
Elles demandent à être transmises, adaptées, respectées.
Un pays sans agriculteurs n’est pas moderne , il est dépendant, fragile, amnésique.
Il mange ce qu’il ne produit plus et oublie d’où vient le pain.
Alors oui, la France dit vouloir des agriculteurs.
Mais tant que le courage politique manquera pour affronter les intérêts contradictoires, tant que les décisions tourneront autour du problème sans jamais l’empoigner, la réponse restera ambiguë.
Et la terre, elle, continuera de se taire, pendant que ceux qui la travaillent crient derrière des barrières de CRS.
L’avenir se joue pourtant là, dans les champs, bien plus que dans les hémicycles.
Là où le réel pousse, saison après saison, sans discours mais avec mémoire.
0 Commentaires
Pour commenter, pas besoin d’être inscrit sur le site.....