Manon Aubry VS CNews ,quand l’embarras s’installe !
Le plateau est connu, le décor aussi.
Éclairage dur, tempo rapide, questions sans velours.
CNews n’est pas un salon littéraire , c’est une arène.
Ce jour-là, Manon Aubry y entre avec ses convictions, son verbe rodé et une certitude implicite , la justesse morale suffit à tenir le choc.
L’échange va démontrer que cela ne suffit plus.
Très vite, l’entretien quitte le terrain des intentions pour celui des conséquences.
Les questions ne portent pas sur les valeurs proclamées, mais sur leurs traductions concrètes, leurs ambiguïtés, leurs silences.
Et c’est là que l’embarras s’installe, non comme une faute individuelle, mais comme un symptôme politique.
Manon Aubry tente de reprendre la main par une stratégie bien connue , déplacer le cadre, dénoncer le biais du média, rappeler ses combats, réaffirmer son camp du bien.
Or le direct ne pardonne pas les détours.
À mesure que les réponses s’allongent, la précision se dilue.
Le discours devient défensif, parfois circulaire.
L’argument moral remplace l’argument factuel.
Le spectateur le perçoit immédiatement.
Ce moment est révélateur d’un malaise plus large à gauche , la difficulté croissante à affronter des espaces médiatiques non acquis, sans se réfugier dans l’indignation ou la mise en cause de l’arbitre.
Or la démocratie n’est pas un terrain neutre.
Elle est rugueuse, contradictoire, souvent injuste.
Refuser cette rugosité, c’est abandonner le combat symbolique.
Il ne s’agit pas ici de donner quitus à CNews, ni de nier ses partis pris éditoriaux.
Mais une vérité s’impose , un responsable politique n’est pas jugé sur la pureté de ses intentions, mais sur sa capacité à répondre clairement à des questions difficiles, surtout quand elles dérangent.
La politique est l’art de tenir debout sous le vent, pas de maudire la tempête.
L’embarras de Manon Aubry n’est donc pas celui d’une personne prise en défaut, mais celui d’un discours qui peine à sortir de sa zone de confort.
À force de parler à ses convaincus, on désapprend à convaincre.
À force de penser que l’adversaire est illégitime, on oublie qu’il représente pourtant une part du pays.
Cette séquence télévisée agit comme un miroir sans indulgence.
Elle rappelle une loi ancienne, presque aristotélicienne , la vérité politique ne vit que si elle accepte l’épreuve du contradictoire.
Sans cela, elle se transforme en dogme, puis en posture, puis en fragilité.
Dans une époque saturée de certitudes morales et de colères instantanées, ce face-à-face dit une chose simple et grave , la sincérité ne protège pas de l’incohérence et la vertu proclamée ne dispense jamais de la clarté.
La démocratie, elle, continue d’exiger des réponses.
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