Parler de Mélenchon et du “rêve de dictature” en France, c’est entrer dans un champ magnétique où les mots attirent plus vite que les faits.
Alors avançons avec méthode, un brin d’ironie et la boussole de la raison.
Mélenchon n’est pas un dictateur en devenir.
Il est un tribun.
Et les tribuns, depuis Rome, aiment parler fort, simplifier le monde, opposer un “peuple pur” à des “élites corrompues”.
Ce n’est pas encore la dictature , c’est le populisme, une grammaire politique qui peut nourrir le meilleur comme le pire.
La pertinence de la critique tient ailleurs.
Elle repose sur trois lignes de fracture.
D’abord, le rapport aux institutions.
Mélenchon dit vouloir une VIᵉ République plus démocratique, plus parlementaire, plus citoyenne.
Sur le papier, c’est un projet de déverrouillage.
Dans le verbe, c’est souvent une mise en accusation radicale , Conseil constitutionnel suspect, médias “hostiles”, justice “politisée”.
Or l’histoire montre un paradoxe tenace , on commence par critiquer les contre-pouvoirs au nom du peuple et on finit parfois par les neutraliser au nom du peuple.
Le glissement est connu, huilé, presque banal.
Ensuite, le style de pouvoir.
Mélenchon incarne, concentre, personnifie.
Il parle à la première personne du pluriel comme d’autres portent une couronne invisible.
Cette verticalité charismatique n’est pas la dictature, mais elle en partage une tentation , celle de croire que la légitimité électorale suffit à tout justifier.
La démocratie, pourtant, n’est pas seulement la victoire aux urnes , c’est la lente friction entre pouvoirs, la patience des règles, l’acceptation d’être contredit.
Enfin, le rapport à la conflictualité.
Chez Mélenchon, le conflit n’est pas un accident , c’est un moteur.
Il y a le peuple et ceux qui lui font obstacle.
Cette vision binaire est politiquement efficace, émotionnellement galvanisante, mais intellectuellement pauvre.
Les démocraties meurent rarement d’un coup d’État , elles s’étiolent quand la nuance devient suspecte et l’adversaire, un ennemi.
Alors, dictature ?
Non.
Risque autoritaire ?
Potentiel, comme chez tout leader qui absolutise sa vision du peuple.
La France n’est pas à la veille d’un régime de fer.
Elle est, en revanche, exposée à une fatigue démocratique où les mots “ordre”, “volonté générale” et “urgence sociale” servent parfois de raccourcis dangereux.
Le vrai débat n’est pas Mélenchon contre la République.
C’est une question plus vaste, presque philosophique ,
jusqu’où peut-on vouloir “changer le système” sans abîmer les garde-fous qui empêchent le pouvoir de se prendre pour l’Histoire elle-même ?
La démocratie n’a pas besoin de sauveurs.
Elle a besoin de dirigeants capables de douter en public.
Et le doute, chez les tribuns, est rarement la vertu la mieux partagée.
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