Sargasse en Guadeloupe ,la révolte des plaisanciers s'organise !
Petit-Bourg. Sur les pontons du port de la Vinaigrerie, l’année 2026 s’ouvre dans une immobilité forcée.
Voiliers à l’arrêt, annexes prisonnières d’une boue brunâtre, moteurs réduits au silence , la plaisance locale tourne au ralenti.
En cause, l’envahissement massif de sargasses, mais surtout un sentiment partagé par les usagers , celui d’être laissés sans cap, sans calendrier et sans véritable dialogue avec la municipalité.
La colère, longtemps contenue, s’organise désormais.
Car derrière les amas d’algues se cache une crise plus profonde , économique, technique et politique.
Un phénomène régional devenu structurel.
L’algue brune Sargassum n’est plus un épisode saisonnier.
En mai 2025, les scientifiques ont estimé à près de 38 millions de tonnes la masse de sargasses dérivant dans l’Atlantique et la Caraïbe, un record historique.
Ces marées brunes sont alimentées par un cocktail bien identifié , réchauffement climatique, modification des courants océaniques, apports nutritifs accrus issus des fleuves et de l’agriculture intensive.
La Guadeloupe, comme l’ensemble de l’arc antillais, se trouve désormais en première ligne d’un phénomène durable, dont les effets se répètent et s’intensifient.
Un impact économique lourd et mesurable.
Au port de la Vinaigrerie, les conséquences dépassent largement la gêne visuelle ou olfactive.
L’envasement du chenal réduit le tirant d’eau, bloque les entrées et sorties, fragilise l’activité nautique et décourage les usagers occasionnels.
À l’échelle des territoires insulaires, les pertes sont bien documentées.
Selon plusieurs évaluations régionales, le coût du nettoyage des sargasses dans la Caraïbe dépassait déjà 120 millions de dollars en 2018, sans intégrer les pertes indirectes pour le tourisme et la pêche.
En Guadeloupe, plus de 30 millions d’euros auraient été mobilisés entre 2018 et 2024 pour le ramassage, les barrières flottantes et divers dispositifs de gestion.
Un effort conséquent, mais jugé insuffisant sur le terrain lorsqu’il n’est pas accompagné d’une stratégie locale claire et concertée.
Des solutions connues, mais inégalement appliquées.
Les plaisanciers de la Vinaigrerie ne demandent pas de promesses abstraites.
Ils réclament des réponses techniques précises.
Le dragage ciblé du chenal apparaît comme une nécessité immédiate pour restaurer l’accès nautique, même s’il s’agit d’une solution coûteuse et temporaire.
À cela s’ajoutent les barrières flottantes et dispositifs de déviation en mer, capables de limiter les échouements lorsque les conditions de houle le permettent.
À une échelle plus large, la Guadeloupe bénéficie de programmes régionaux de gestion intégrée des sargasses, notamment via des financements de l’Agence française de développement.
Un projet régional doté de 8 millions d’euros vise à structurer la recherche, l’anticipation et les technologies de collecte.
Enfin, certains territoires caribéens explorent la valorisation économique des sargasses , fertilisants, matériaux, énergie.
Des filières encore expérimentales, mais porteuses d’emplois et d’une possible transformation du problème en ressource.
Une crise de gouvernance plus qu’une fatalité naturelle.
Au cœur du malaise, un point cristallise les tensions , l’absence de dialogue structuré.
Les usagers du port dénoncent un manque de concertation, d’informations publiques et de visibilité sur les décisions à venir.
Quand les algues s’accumulent et que les réponses tardent, la défiance grandit.
Le cas du port de la Vinaigrerie illustre une réalité plus large , face à une crise environnementale durable, les réponses ponctuelles ne suffisent plus.
Seule une gouvernance partagée , associant collectivités, usagers, acteurs économiques et État , peut transformer la gestion des sargasses en véritable politique de résilience territoriale.
Dans les eaux trouble-brun du port, une certitude émerge , la question des sargasses n’est plus seulement écologique.
Elle est désormais sociale, économique et démocratique.
Et elle appelle, urgemment, des décisions à la hauteur des marées qui arrivent.
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